Questions de méthode. Le sociologue face à l’industrie culturelle et à ses métamorphoses contemporaines

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Friday, June 7, 2013 - 10:00 to 10:45
Concordia University

La communication vise à interroger les problèmes méthodologiques et épistémologiques que pose l’observation sociologique du panorama audiovisuel contemporain. L’histoire de la sociologie du cinéma constitue un point de vue privilégié,  du fait de la fonction d’expertise traditionnellement conférée au sociologue, pour identifier les enjeux techniques, éthiques et esthétiques de l’objectivation du sens du loisir audiovisuel.   En effet, la reconnaissance de l’expertise du fan — en tant que figure idéalisée du consommateur culturel —  confronte le chercheur aux tensions inhérentes à la déstabilisation de formes de légitimité culturelle et sociale (professionnelle, académique, religieuse, familiale, publique) et à la remise en cause de l’autonomie tant du travail artistique que du travail intellectuel, rendu accessible par les nouvelles technologies au profane sans qualification professionnelle. Analyser ces différents types de tensions permettra de préciser la nouveauté de la culture visuelle contemporaine en relativisant ses effets sociaux. 

Comments

La conférence de Jean-Marc Leveratto fut fort intéressante et j'ajouterais qu'elle le fut malgré un niveau de généralité fort élevé. J'aurais aimé avoir plus de précisions notamment quant à l'utilisation des travaux de Descolas.
Néanmoins, je me demandais aussi, en regard aux techniques du corps, concept qu'il emprunte à Mauss, s'il n'y avait pas une grande différence entre ces savoirs tels qu'ils sont impliqués dans l'usage d'Internet et les travaux qui ont été faits à partir de cette même conceptualité pour le cinéma.
Dans son texte sur les savoirs du corps, Mauss utilise l'exemple du cinéma:
"Une sorte de révélation me vint à l'hôpital. J'étais malade à New York. Je me demandais où j'avais déjà vu des demoiselles marchant comme mes infirmières. J'avais le temps d'y réfléchir. Je trouvai enfin que c'était au cinéma. Revenu en France, je remarquai, surtout à Paris, la fréquence de cette démarche ; les jeunes filles étaient Françaises et elles marchaient aussi de cette façon. En fait, les modes de marche américaine, grâce au cinéma, commençaient à arriver chez nous. C'était une idée que je pouvais généraliser. La position des bras, celle des mains pendant qu'on marche forment une idiosyncrasie sociale, et non simplement un produit de je ne sais quels agencements et mécanismes purement individuels, presque entièrement psychiques. Exemple : je crois pouvoir reconnaître aussi une jeune fille qui a été élevée au couvent. Elle marche, généralement, les poings fermés. Et je me souviens encore de mon professeur de troisième m'interpellant : « Espèce d'animal, tu vas tout le temps tes grandes mains ouvertes ! » Donc il existe également une éducation de la marche."
 
Dans les notes prises pour son dernier séminaire Metz manifeste son intérêt pour le cinéma de la façon suivante:
Avec Ana Gardner, les jeunes filles apprenaient à être somptueuses, avec Louise Brooks à se coiffer, avec Marlène Dietrich à être dures-mais-femmes et à avoir des jambes. Avec le Gary Cooper des westerns, les garçons apprenaient qu’avec la lenteur et le mutisme on impressionne les gens, avec Gabin-jeune comment on roule les yeux ; avec Edwidge Feuillère relayée par Danielle Darieux, les femmes voyaient comment on devient duchesse, préfète ou épouse de ministre. Le « réalisme poétique » français informait tout le monde sur ce qu’est un ‘homme du peuple’ = il est comme Carette, Bussière ou Gaston Modot. Avec James Dean, on sait comment attendrir les filles en faisant l’enfant et des mines. Avec Marlon Brando, on fait sentir qu’on a le phallus. Avec la comédie musicale, on apprend à rêver bariolé et sans honte. Avec le film noir, on s’imagine dur, une ride au coin des lèvres (Boggy), amer, mais courageux et bon — le western nous enseigne la camaraderie sobre, entre hommes, sans chichis, et accessoirement le mépris pour les femmes. A bout de souffle a été une leçon de modernité pout toute une génération — de même Marilyn, pour les hommes d’une époque, comme prototype du corps désirable (avec ici un coefficient voulu d’exaggération ironique, incarné aussi par Jane Russell ou Jane Mansfield). Tyrone Power nous a informé qur D’Artagnan n’est pas mort. Gaby Morlay console les femmes laides en leur rappelant les rôles multiples qu’il leur reste. — Et que dire de Greta Garbo qui a déclenché un phénomène social (et littéraire) incroyable ?
 
En résumé, il y a dans le film classique, comme dans le roman classique, à celui qui apprend la vie, qui veut la changer, quel que soit l’âge du public, quelque chose qui nous suggère des façons d’aménager notre corps et notre cœur (ms. 1507, texte long, pp. 51-52, Fonds Metz) (Je remercie Martin Lefebvre pour avoir attiré mon attention sur ce passage)
 
Le cinéma a indéniablement changé, à un moment donné du vingtième siècle, notre rapport au corps. Il me semblait qu'avec Internet, les choses étaient un peu différentes, d'abord en ce que nous nous sommes habitués à l'image en mouvement du cinéma et la fascination de la nouveauté qui influence tant les adolescent à un moment où ils apprennent à se former en adoptant certaines techniques du corps (et pas seulement, bien sûr , les ados). Ensuite, dans le cas des jeux vidéos, les mouvements des personnages, technique oblige, sont constitués d'une palette de gestes types ce qui est fort éloigné de la valeur accordée à l'improvisation du mouvement par l'image cinématographique (ce qui a d'ailleurs contribué à changer les techniques de jeu d'acteur pendant le vingtième siècle). Apprend-t-on vraiment à se mouvoir comme les personnages de disons Call of Duty (je parle du jeu vidéo) ou de n'importe quel jeu de sport (hockey, Golf, etc). Comment alors se fait l'étude concrète des techniques du corps dans le cas d'Internet ou du jeu vidéo ?

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