Traduttore, traditore... Réponse à Donna de Ville (« The Walsh Lecture - André Gaudreault »)

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Auteur(s): 
Gaudreault, André

 

Traduttore, traditore... Réponse à Donna de Ville (« The Walsh Lecture - André Gaudreault »)
Je ne veux pas casser du sucre sur le dos de l’interprète qui s’est chargé de traduire ma conférence en anglais, puisque de toute façon je suis de ceux qui croient que la « traduction » est littéralement une chose impossible et que ce que les dictionnaires anglais-français (ou vice-versa) nous fournissent, c’est une liste de « faux amis ». Le mot français « déception » a comme équivalent le mot anglais « disappointment », non pas deception (qui veut dire en français « tromperie »). Exemple parfait de « faux ami » (foreign word which looks deceptively like a word in one's own language) ! Mon point de vue, c’est que tous les mots d’une langue sont de faux amis (à des degrés divers bien entendu) de leur supposé équivalent dans une langue étrangère : si je dis « cinéma » à des francophones, je donne naissance dans leur cerveau à une série de connotations qui ne sont pas les mêmes qui surgiront si je prononce l’expression « motion picture » devant une assemblée d’anglophones.
Tout ceci pour dire que je suis persuadé qu’il y a toujours quelque chose qui se perd dans la traduction (there is always something LOST IN THE TRANSLATION !).
Donna de Ville n’a donc pas eu accès au texte original de ma conférence (puisqu’elle l’a écoutée à partir de l’oreillette fournie pour entendre l’interprète qui traduisait en simultané). Je me dois donc de rectifier ce qu’elle a cru comprendre qui ne correspond pas à ce que j’ai dit et voulu dire. Donna de Ville écrit :
 
Gaudreault seems to have been expressing his frustration over two related issues: the transmutation of the cinema, its form, exhibition and consumption; and the misnaming of technology and institutions of cinema (movie theaters, university departments, cinémathéques, etc.).
 
Tel n’est pas le cas. Je ne faisais part d’aucun sentiment de frustration. Au contraire, puisque j’étais sérieux à 100% lorsque j’ai cité celui de mes mantras qui dit :
 
« Nous vivons tout de même une époque formidable ! »
 
Il n’y a aucune forme d’ironie ! Vous vous imaginez le cadeau que me fait la vie ? Moi qui me suis spécialisé dans l’avènement du cinématographe au tournant du 20e siècle, moi qui ai forgé, ré-animé ou « re-shapé » (parfois avec des collaborateurs et co-auteurs, dont au premier chef Tom Gunning et Philippe Marion) une série de concepts (série culturelle, monstration, deuxième naissance du média, attraction, etc.) adaptés à l’avènement d’un nouveau média (le cinéma), j’ai la chance de vivre assez longtemps pour assister à l’avènement (100 ans plus tard, à la faveur du récent tournant de siècle) d’un nouveau paradigme médiatique, provoqué par la fracture numérique ! C’est du gâteau ! Merci la vie ! (Au fait : « Elle est pas belle, la vie ? »).
Au pire, je fais, sur le nouveau paradigme, de l’application simple et simpliste des modèles que j’ai utilisés et/ou conçus et j’ai 10 conférences prêtes à faire, les doigts dans le nez ! Au mieux, je travaille comme un dingue (ceci me ressemble plus) à reformuler les choses et à faire des adaptations qui problématisent les questions, comme j’ai essayé de le faire. Aucune frustration, que du bonheur !
Pour ce qui est du « misnaming », il n’y a aucun problème : c’est normal, imparable et incontournable. Ça fait partie des contingences de la vie, et ce que je fais c’est de les examiner en observateur qui se veut fin, pour les faire « parler ». C’est tout ! Je dirais même plus : heureusement, il y a le misnaming, sinon on aurait l’illusion que les mots peuvent correspondre aux choses ! Or ils ne le peuvent pas. Donc, il n’y aucune protestation chez moi et je n’ai surtout pas voulu suggérer que l’on retourne à l’usage du mot « photoplay » !!! Non, mais… Je ne suis pas un nostalgique, ni un mélancolique, ni un passéiste. On dirait que le fait que je me sois intéressé principalement au cinéma des premiers temps peut donner l’impression que ce sont les choses poussiéreuses qui m’intéressent. Mais pas du tout ! La première chose que je fais lorsque je vois de la poussière, c’est de la chasser ! Le fétichiste, lui, pourrait aller jusqu’à collectionner chacune des couches de poussière qui recouvriraient le collectible de ses fantasmes, pas moi !
Je pense par ailleurs que, dans certains cas, le « misnaming can be used for ill-intended ideological pursuits that benefit those in power who get to do the naming », mais je n’ai pas voulu dire cela, ici, dans ma conférence.
Je suis par ailleurs 100% d’accord avec Donna de Ville quand elle écrit :
 
It is likely the naming of the device has much to do with exhaustive market research performed by Apple Computer, Inc. I am sure there is much to be said about capitalist corporate practices and consumerism here, but he opted not to follow that line of argument or connect those dots for us. Instead his protestations appeared to be more an enumeration of these misnamed entities for us to contemplate.
 
D’où vent le mot « cinéma » ? De l’appareil mis en marché sous ce nom, par les frères Lumière ! D’où vient l’expression « images animées » ? Des premiers montreurs de vues qui ont publicisé les « wonders » de leur spectacle ambulant. Etc.
Sur un autre point, la « mutation of the cinema planet » a, certes, des effets pervers sur la « theatrical exhibition », notamment « the fact that non-filmic media forms (opera, television shows and sports events) are screened at movie theaters », mais je ne pense pas que « these spaces should no longer be called movie theaters » ! Les salles de cinéma sont connues comme des salles de cinéma et de toute façon elles servent encore surtout au cinéma, je ne vois vraiment pas  comment elles pourraient pour l’instant changer d’appellation (et qui en déciderait ?).
Pour le reste, je ne peux pas donner de réponse à une question que je n’ai pas posée et qu’il ne me viendrait pas à l’esprit de me poser :
 
 
But more importantly, I would have liked to better understand what he meant by pure cinema or pure cinematic exhibition - of what cinematic frontiers/boundaries does he speak?
 
Je pense que la pureté absolue n’existe pas, sinon dans nos têtes et dans le vide intersidéral !
 
André Gaudreault, professeur
Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques
Université de Montréal

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